Filière Paille ADEME BFC

Diagramme de Sankey pour l'analyse des flux de matières de filière

Filière Paille – Synthèse

Introduction

La paille est un coproduit issu de la culture de céréales telles que le blé, l’orge, l’avoine ou encore le seigle. Elle est formée des tiges restantes après la moisson, et peut être soit laissée au sol pour enrichir la matière organique, soit collectée et valorisée pour divers usages. La gestion de la paille constitue donc un enjeu agronomique, environnemental, énergétique et économique.

Le cycle de la paille

La paille est récoltée lors de la moisson. Le processus comprend trois étapes : la moisson (fauchage), le battage (séparation du grain), puis le nettoyage (séparation des impuretés). Après la récolte, une partie de la paille reste au sol sous forme de chaume, tandis que le reste peut être broyé, enfoui, ou pressé sous forme de balles (rondes ou rectangulaires) pour le stockage ou le transport. Une fraction particulière, la menue paille, est constituée de débris fins (glumes, balles, adventices) et représente une ressource de plus en plus valorisée.

Usages agricoles et agronomiques

Laisser la paille au sol permet de préserver la structure, la fertilité chimique et la vie biologique des sols. L’exportation de paille doit donc être raisonnée, pour ne pas compromettre l’équilibre agronomique. La paille peut également être enfouie de manière superficielle pour former de l’humus. Toutefois, elle est aussi utilisée en paillis pour l’horticulture ou la protection des cultures, avec parfois des effets allélopathiques selon les espèces (avoine, seigle).

Paille et élevage

La paille est un intrant clé en élevage, notamment comme litière pour bovins, ovins, porcins et chevaux. Elle permet d’absorber les déjections et contribue à la formation du fumier. En période de sécheresse, elle peut aussi servir d’alimentation animale, bien que sa faible valeur nutritive impose de l’associer à d’autres sources protéiques et sucrées. Arvalis a d’ailleurs mis au point une calculette facilitant les échanges paille/fumier entre céréaliers et éleveurs.

Construction en paille

L’usage de la paille dans la construction connaît un développement croissant. Utilisée principalement sous forme de bottes standardisées (37 x 47 x 80–120 cm, densité 80–120 kg/m³), elle sert à l’isolation thermique ou comme élément porteur. Plusieurs techniques existent : murs porteurs en paille, remplissage d’ossature bois, caissons préfabriqués, isolation extérieure. Pour une maison de 100 m², il faut environ 500 bottes, soit 10 tonnes de paille, cultivées sur 2,5 hectares.

Valorisation énergétique

La paille peut être utilisée comme combustible (avec un pouvoir calorifique de 4 kWh/kg), ou être transformée en biogaz, charbon végétal ou granulés. En France, le gisement total de résidus de culture est estimé à 50 Mt/an, mais seule une fraction (1 à 1,5 Mtep) serait théoriquement mobilisable pour l’énergie, le reste étant dédié aux usages agricoles.

Estimation des gisements disponibles

Deux cadres de référence existent pour estimer les gisements de paille :

  • Le cadre ONRB : volume total produit (VTP), volume théorique disponible (VTD), volume supplémentaire disponible (VSD).
  • Le cadre ADEME : gisement potentiel maximal (GPM), gisement techniquement disponible (GTD), gisement durablement disponible (GDD), gisement mobilisable (GM), gisement utilisable (GU).

Par exemple, en Bourgogne Franche-Comté, le volume supplémentaire disponible est estimé à 147 000 tonnes par an, ce qui représente un potentiel de 14 700 maisons de 100 m². Cela équivaut à 1 % du parc résidentiel de la région.

Les menues pailles, longtemps négligées, sont désormais reconnues pour leur potentiel agronomique et énergétique. Leur valorisation tend à se structurer, grâce à la baisse des coûts de récupération et aux bénéfices agronomiques (réduction des adventices). Elles représentent environ 10 à 14 % de la matière sèche produite pour le blé.

Éléments économiques

La rentabilité de la filière paille dépend fortement du prix de marché, du coût du transport et des usages locaux. En période de forte demande ou de hausse du prix de la botte, la récolte est généralisée. À l’inverse, des volumes importants peuvent être abandonnés faute de débouchés.

Données et outils mobilisables

Les données issues de l’INSEE, de l’Agreste, du recensement agricole (RA), ou encore d’outils comme ELBA et la base BDNI permettent de modéliser les besoins en paille pour l’élevage et d’évaluer les gisements mobilisables par type de culture ou territoire. Ces bases sont essentielles pour planifier des usages innovants et durables de la ressource.

Conclusion

La paille est une ressource multifonctionnelle au croisement de nombreux enjeux : agronomie, élevage, habitat durable et énergie. Sa valorisation passe par une bonne connaissance des flux, des pratiques agricoles, des contraintes logistiques et des usages locaux. La structuration de la filière – notamment autour de la construction et de l’énergie – dépendra de la capacité à organiser la ressource tout en respectant les équilibres agroécologiques.