La filière œufs française repose sur un cheptel de poules pondeuses parmi les plus importants d'Europe (la France est le 1er producteur de l'UE). Les œufs pondus se répartissent entre les œufs à couver (reproduction) et les œufs de consommation, ces derniers étant soit conditionnés pour la vente en coquille, soit cassés en casserie pour fabriquer des ovoproduits (œuf liquide, séché, etc.). La filière se distingue par une part croissante de la transformation en ovoproduits (~40 % de la production) et par la génération de coproduits de casserie (coquilles, blanc technique, écarts de production).
Le diagramme de flux présentant les résultats pour cette filière, dans le cadre du projet SOCLE, offre une vision complète de la circulation de la matière, depuis les approvisionnements jusqu'aux débouchés finaux. Il s'agit d'une représentation de type Sankey : l'épaisseur des flèches est proportionnelle aux quantités (en kilotonnes, kt), permettant de saisir d'un coup d'œil le poids relatif de chaque segment.
Ce diagramme a pour objectif de représenter la filière dans son ensemble au niveau de détail permis par les données publiques disponibles. La filière est modélisée sans distinction du mode d'élevage (cage / sol / plein air / bio), cette distinction n'étant pas reconstituable de façon fiable tout au long de la chaîne à partir des sources publiques.
Le diagramme représente l'ensemble des flux de matière au sein de la filière œufs en France, pour les 3 années étudiées dans le projet SOCLE : 2015, 2019 et 2023 (sélectionner l'année souhaitée dans la frise chronologique sous le diagramme).
Les approvisionnements regroupent la production nationale (ponte), distinguée en œufs à couver et œufs de consommation, complétée par les importations d'œufs frais. Le marché intermédiaire met en évidence les deux voies de la première transformation : le conditionnement des œufs coquille et la casserie, qui transforme les œufs (déclassés + mis en œuvre + importés) en ovoproduits (distingués en « hors blanc » et « blanc d'œuf / ovalbumine », selon la nomenclature PRODCOM), tout en générant des coproduits (coquilles, blanc technique, écarts de production) et en évaporant de l'eau lors du séchage. Les débouchés regroupent la couvaison (œufs à couver), l'alimentation humaine (autoconsommation, achats à domicile, restauration hors domicile, industries agroalimentaires), la valorisation des coproduits (fertilisation, alimentation animale, usages divers) ainsi que les exportations.
L'épaisseur des flux permet d'identifier les voies majeures de valorisation, le poids croissant de la transformation en ovoproduits, et la diversité des usages finaux de la matière issue de la ponte.
La méthodologie AF-Filières (Analyse de Flux de Filières), mise en œuvre dans le projet SOCLE, vise à reconstituer l'ensemble des flux d'une filière en agrégeant, structurant et analysant toutes les informations disponibles. Elle consiste à rassembler toutes les données pertinentes relatives à un secteur donné dans un modèle unique, hiérarchisé, permettant de mettre en relation l'intégralité des informations. Ce croisement systématique rend possibles deux opérations essentielles : 1. vérifier la cohérence interne des données, et, si nécessaire, les réconcilier ; 2. déterminer des valeurs manquantes, soit de façon précise, soit sous forme d'intervalles lorsqu'une indétermination subsiste.
Les diagrammes de Sankey présentés dans la section « Méthode et sources » illustrent chacune des étapes de ce processus, en s'appuyant directement sur les données réellement mobilisées dans le modèle SOCLE.
(Diagramme associé : Sources)
Cette première phase consiste d'abord à inventorier l'ensemble des sources publiques et sectorielles pertinentes décrivant la filière (années disponibles, nature des données : valeurs directes, min/max, coefficients, etc.). Le diagramme associé permet de visualiser, pour chaque flux documenté, les sources mobilisées et leurs caractéristiques, offrant une lecture immédiate des zones bien renseignées et de celles où l'information est plus rare. Le diagramme offre aussi la possibilité d'afficher le type de donnée collectée dans la légende : valeur directe, ou coefficients de répartition et de rendement, qui traduisent une relation entre deux flux plutôt qu'une valeur absolue. Il est également possible de consulter la donnée brute issue de la source dans l'onglet correspondant du fichier Excel du modèle (nom de l'onglet dans l'info-bulle de chaque flux).
Parce que les données collectées ne couvrent généralement pas toute la filière, cette étape intègre également la complétion structurelle : des flux supplémentaires, non encore renseignés, sont ajoutés au modèle pour assurer la continuité des chaînes de transformation.
À l'issue de cette phase, l'ensemble du périmètre de connaissance est cartographié : les flux pour lesquels existe une donnée et ceux qui devront être déterminés ultérieurement.
(Diagramme associé : Méthode)
Sur la base de cette structure complète, les flux pour lesquels une donnée fiable existe sont consolidés. Lorsque plusieurs sources convergent, les valeurs collectées sont directement retenues. En cas d'incohérences détectées (bilans matière contradictoires, rendements incompatibles…), un flux d'écart statistique peut être ajouté au modèle.
Une fois le modèle rendu cohérent, les flux manquants sont déterminés grâce aux bilans matière, aux contraintes structurelles et aux relations entre flux. Certains flux obtiennent ainsi une valeur précise (« déterminée ») ; d'autres ne peuvent être définis qu'à travers une fourchette min–max lorsqu'un manque d'informations subsiste. Dans la filière œufs, l'eau évaporée au séchage des ovoproduits est ainsi déterminée par bilan matière sur le nœud Casserie.
(Diagramme associé : Niveau de confiance)
Le dernier diagramme propose une vision d'ensemble des résultats, enrichie d'un indicateur global de fiabilité pour chaque flux. Cette fiabilité repose sur plusieurs critères : qualité et précision des sources, proximité des données collectées avec le périmètre du projet, importance des écarts statistiques, largeur des intervalles d'indétermination, etc.
Ce diagramme permet d'identifier en un coup d'œil les segments de la filière bien documentés (production, échanges, ovoproduits) et ceux qui demeurent plus exploratoires (déclassements, eau de séchage, répartition fine des débouchés).