Les fourrages — herbe des prairies, maïs fourrager, luzerne et autres cultures récoltées en vert — constituent la première ressource de l'alimentation des herbivores en France : plus de 90 millions de tonnes de matière sèche peuvent être produites au cours d'une bonne année, dont l'essentiel provient des prairies (naturelles, temporaires et artificielles). Une part est pâturée directement par les animaux, une autre est fauchée puis conservée sous forme de foin, d'ensilage ou d'enrubannage ; une fraction de la luzerne est déshydratée en usine pour donner des granulés et des balles riches en protéines. À côté des fourrages, les pailles — coproduits des céréales, des oléagineux et des protéagineux — représentent un gisement considérable (plus de 60 millions de tonnes de matière sèche produites), mais dont la majeure partie n'est jamais récoltée : elle reste au champ, non récoltable ou volontairement restituée au sol pour en entretenir la fertilité. La paille effectivement prélevée sert avant tout de litière pour les animaux, et plus marginalement à l'alimentation animale, à la méthanisation, à la combustion ou à divers usages industriels.
Le diagramme de flux présentant les résultats pour cette filière, dans le cadre du projet SOCLE, offre une vision complète de la circulation de la matière, depuis la production au champ jusqu'aux usages finaux. Il s'agit d'une représentation de type Sankey : l'épaisseur des flèches est proportionnelle aux quantités, exprimées en kilotonnes de matière sèche (ktMS), permettant de saisir d'un coup d'œil le poids relatif de chaque segment.
Ce diagramme a pour objectif de représenter la filière dans son ensemble au niveau de détail permis par les données publiques disponibles, pour les 3 campagnes étudiées dans le projet SOCLE : 2015-16, 2019-20 et 2023-24 (sélectionner l'année souhaitée dans la frise chronologique sous le diagramme).
Le périmètre réunit deux ensembles : les fourrages (productions végétales spécifiquement destinées à l'alimentation animale — les résidus et coproduits d'autres cultures sont modélisés dans les filières SOCLE correspondantes) et les pailles (coproduits des grandes cultures), pour lesquelles la production totale et l'ensemble des usages sont représentés.
La filière obéit à deux logiques de production distinctes, que la statistique agricole nomme elle-même. Pour les prairies, la donnée publiée est une production disponible au champ, en amont de tout prélèvement : le diagramme fait donc apparaître les opérations de pâturage et de récolte qui suivent, avec leurs pertes. Pour les fourrages annuels (maïs, notamment), la donnée est déjà une production récoltée : ces flux partent directement de l'étape de récolte.
Les approvisionnements regroupent la production nationale d'herbe (prairies naturelles, temporaires, artificielles, surfaces peu productives), de maïs fourrager, de plantes fourragères diverses et de paille (céréales, oléagineux, protéagineux), complétée par les échanges extérieurs (importations et exportations de foin, de granulés de luzerne et de paille). Le marché intermédiaire met en évidence les opérations : le pâturage (l'herbe broutée, mais aussi le refus, le piétinement et l'herbe qui, une bonne année, n'est jamais prélevée) ; la récolte (foin, ensilage et enrubannage, avec leurs pertes au champ) ; la déshydratation de la luzerne (granulés, balles, concentré protéique) ; la distribution aux animaux (avec les pertes de conservation et les refus à l'auge). Les débouchés regroupent la consommation animale (nourrie par les fourrages distribués et l'herbe pâturée), et, pour la paille, l'ensemble de ses usages : retour au sol (paille non récoltable et restitution pour la fertilité), litière et matériaux biosourcés, énergie (méthanisation, combustion), fertilisation (paillage, substrat de champignons), alimentation animale, et un solde disponible non affecté.
L'épaisseur des flux permet d'identifier les voies majeures de valorisation, le poids déterminant de l'herbe non prélevée les bonnes années, la part écrasante de la paille qui ne quitte jamais le champ, et le rôle de la litière dans la valorisation de la paille récoltée.
La méthodologie AF-Filières (Analyse de Flux de Filières), mise en œuvre dans le projet SOCLE, vise à reconstituer l'ensemble des flux d'une filière en agrégeant, structurant et analysant toutes les informations disponibles. Elle consiste à rassembler toutes les données pertinentes relatives à un secteur donné dans un modèle unique, hiérarchisé, permettant de mettre en relation l'intégralité des informations. Ce croisement systématique rend possibles deux opérations essentielles : 1. vérifier la cohérence interne des données, et, si nécessaire, les réconcilier ; 2. déterminer des valeurs manquantes, soit de façon précise, soit sous forme d'intervalles lorsqu'une indétermination subsiste.
Les diagrammes de Sankey présentés dans la section « Méthode et sources » illustrent chacune des étapes de ce processus, en s'appuyant directement sur les données réellement mobilisées dans le modèle SOCLE.
(Diagramme associé : Sources)
Cette première phase consiste d'abord à inventorier l'ensemble des sources publiques et sectorielles pertinentes décrivant la filière en France. Le diagramme associé permet de visualiser, pour chaque flux documenté, les sources mobilisées et leurs caractéristiques. La production des fourrages provient de la Statistique agricole annuelle d'Agreste ; celle de la paille et la ventilation de ses usages, de l'Observatoire national des ressources en biomasse (ONRB) de FranceAgriMer ; les échanges, des douanes (Eurostat Comext) ; l'ingestion des animaux, de l'inventaire national des émissions (CITEPA / OMINEA) ; les coefficients de pertes et de refus, de références de l'Institut de l'Élevage, de l'INRA et du GIS Avenir Élevages. Le diagramme offre aussi la possibilité d'afficher le type de donnée collectée (valeur directe, ou coefficients de répartition et de rendement). La donnée brute de chaque source est consultable dans l'onglet correspondant du fichier Excel du modèle.
Parce que les données collectées ne couvrent généralement pas toute la filière, cette étape intègre également la complétion structurelle : des flux supplémentaires sont ajoutés pour assurer la continuité des chaînes et matérialiser les segments dépourvus d'information.
À l'issue de cette phase, l'ensemble du périmètre de connaissance est cartographié.
(Diagramme associé : Méthode)
Sur la base de cette structure complète, les flux pour lesquels une donnée fiable existe sont consolidés. Une fois le modèle rendu cohérent, les flux manquants sont déterminés grâce aux bilans matière et aux relations entre flux.
Dans cette filière, la détermination par bilan joue un rôle central et révélateur. La statistique agricole indique explicitement qu'il n'est pas possible de mesurer la part de l'herbe réellement prélevée ni celle réellement consommée. Or, en confrontant la production d'herbe disponible à la consommation réelle des animaux (elle-même estimée par l'inventaire des émissions), on constate un écart qui varie du simple au triple selon les années : faible une année de sécheresse, énorme une année d'herbe exceptionnelle comme 2023, alors même que le cheptel diminue. Aucun taux de perte fixe ne peut expliquer une telle variation. Le modèle en déduit, par bilan, un flux d'herbe non prélevée — l'herbe qui pousse mais que les animaux, en nombre insuffisant les bonnes années, ne peuvent pas consommer.
(Diagramme associé : Niveau de confiance)
Le dernier diagramme propose une vision d'ensemble des résultats, enrichie d'un indicateur global de fiabilité pour chaque flux. Cette fiabilité repose sur plusieurs critères : qualité et précision des sources, proximité des données collectées avec le périmètre du projet, importance des écarts, largeur des intervalles d'indétermination.
Grille de lecture des niveaux de fiabilité :
Ce diagramme permet d'identifier les segments bien documentés (production de maïs fourrager et de luzerne, échanges extérieurs, production de paille par les grandes cultures) et ceux qui demeurent plus exploratoires (la production disponible des prairies, la part de l'herbe non prélevée, la ventilation fine des usages de la paille, et la reconstitution de la campagne 2015-16 pour la paille).